Sophie WALDER

Née à Uccle le 14 juillet 1961, elle n'a aucun lien de parenté avec la perverse Sophia Walder qui tenta d'empoisonner Diana Vaughan et mourut enchainée dans les caves du Vatican en 1915.

Après de brillantes études secondaires à l'institut "St André", elle entra au Conservatoire et suivit le cours de J.C. Van den Eynde. Premier prix de piano en 1983, elle décida de poursuivre ses études à la Musical Academy of Miami où elle croisa le chemin de Léo. C'est en son honneur qu'il écrivit ces vers restés célèbres:

Qu'importe ton sein maigre, à mes yeux dévoilé
On est plus près du coeur quand la poitrine est plate
Et je vois comme un merle en sa cage enfermé
L'amour entre tes os, rêvant sur une patte.

Avec son aide, elle débuta sa carrière professionnelle en Afrique du sud en 1985.
Son interprétation des oeuvres de Liszt lui valu gloire et succès, jusqu'à un soir de gala au cours duquel elle commit des fausses notes. Sa carrière était brisée

Rentrée en Belgique elle s'est finalement installée à Uccle dans une grande maison entourée de marronniers.

Initiée en 1991, elle n'a jamais été très assidue aux réunions de son atelier.

Peu sûre d'elle, elle a toujours eu besoin d'être admirée et recherchait les contacts faciles. Craignant la solitude, elle accumulait les liaisons mais rêvait toujours d'une vie de petite bourgeoise en noyant ses illusions perdues dans le travail, les promenades en roller et les confidences de bistrot. Elle aimait la pluie, la cuisine thaï, les E-mails, les cigarettes légères et les baisers partout. Elle détestait: l'odeur de la bière, les orchidées, les flics, les beatles, le mensonge, la vulgarité et les fautes d'orthographe, mais elle savait faire des exceptions.

Surnommée "Mater Dolorosa" par les autres membres de l'équipe, Sophie considèrait qu'il faut toujours préserver une place pour la souffrance, qu'elle soit "sublime", "juste" ou "absurde", selon les vues d'ensemble que le moment philosophique suggère.

Elle croyait que le malheur constituait la trame de tout ce qui respire. A défaut, elle le créait, détruisant son bonheur du jour et ainsi, rabaissait le prestige de l'enfer en le rendant plus accessible. Son mode de vie a toujours converti l'abattoir du temps en idylle avec le malheur.

Son attrait de l'échec était une manière d'être trop lucide pour figurer dans une arithmétique des agonies de l'intelligence ou dans un registre de l'incurable.

Heureusement, les malheurs de Sophie n'étaient pas permanents, les visites de Léo ou les blagues du Nain de jardin la faisaient encore sourire.

En juillet 2001, Sophie a quitté notre équipe. Elle est partie avec un facteur rencontré sur internet et qui rêvait d'être un beatles. Le nain de jardin a voulu la suivre mais il était attaché sur son socle et il n'aimait pas les Beatles.

Peu à peu, elle a oublié la musique de Liszt. Un soir de pluie, Léo l'a retrouvée dans un piano-bar derrière le commissariat de police de St. Josse ten Noode; elle interprètait un remake du "sous-marin jaune" .

L'histoire s'est mal terminée, le facteur était marié avec une ancienne Claudette et il retourna chez elle. Les marroniers du jardin de Sophie furent abattus par la foudre et le nain est devenu jaune. Alors, indifférente à tout, elle s'est retirée à "La Ramée". Chaque jour, elle s'écrivait des lettres virtuelles en espérant qu'un matin le facteur les lui apporte et qu'il l'emporte sur son vélo de fonction. Elle s'est éteinte le 23 décembre 2001. Dans ses mains, elle serrait une vieille lettre. Le timbre venait d'Afrique du sud.

 

Suite

 

© Léo Taxil & Cie, 12/07/2001

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