L'étranger
Ton Christ est
juif,
ta démocratie est
grecque,
ta voiture est
japonaise,
ton thé est
chinois
ton café est
brésilien,
ta montre est
suisse,
ton couscous est
algérien,
ton caviar est
iranien,
ta chemise est
indienne,
tes vacances sont
mexicaines, turques ou thaïlandaises,
tes chiffres sont
arabes,
tes lettres sont
latines,
et tu reproches à ton voisin d'être un étranger...
Lettre retrouvée sur une stalle de V.M.
Lettre au Maître aimé
Reviendras-tu ? Sans toi tout est vide et muet. Et je suis pleine d'angoisses.
Comment pourrais-je garder dans mon coeur les sentiments qui s'élancent vers toi avec tant de puissance ?
Si tu ne reviens pas ?
Et si tu reviens ?
Il me sera difficile de cacher ma violente émotion.
Ne m'abandonne pas... même si je te déçois...
Finalement il nous faudrait de nouveau devenir..., reprendre le chemin..., retrouver la confiance.
Je n'ai jamais aimé que toi.
Sans toi, le monde est mort.
Sans toi, je suis morte et il ne reste plus que la moitié de nous
Je te serai fidèle éternellement.
Tant que tu vivras, je ne voudrai pas mourir.
Tant que je vivrai, je ne faiblirai pas.
C'est toi qui me soutiens et m'a montré le chemin de la lumière.
Aie confiance en moi et compte sur mon coeur.
Plus jamais je ne te décevrai
Pardonne mon orgueil, c'est lui qui m'a empêché de dire plus tôt ce que je sais écrire maintenant.
XILY
23 déc 2001
La lettre suivante a été écrite en 1822 par Anna-Elisabeth Bretano, dite Bettina. Elle était adressée à Goethe qui avait averti sa maîtresse de son passage, après une tenue maçonnique.
Mon amour,
Prends mon corps, accepte ce charme suprême de la nature, il s'élance avec une douce violence vers toi.
Partage mon émoi.
Laisse mes bras t'enlacer, pose ta main sur mon coeur qui t'est consacré. Inonde moi de ton regard. Ou plutôt obscursis ton regard, cache-le dans le mien et que rien ne me prive plus de sentir tes lèvres sceller sur les miennes mon âme qui est ton bien.
Je t'aime et je t'attends.Bettina
Conclusion poétique d'un travail de Compagnon rédigé par Sophie Wardel en 1985.
Les cinq sens
Du haut du ciel, la femme regardait le vaste panorama de la ville qui s'offrait à ses yeux. Elle devinait la vie des êtres anonymes, qui se déroulait au loin, là-bas, plus bas, à perte de vue, à sa vue égarée.
Dans cette rêverie, un pantin fit son apparition. Son habit de lumière avait les couleurs mélangées de l'arc-en-ciel ; il évoluait dans une clarté transparente d'un infini dimensionné en une belle étendue turquoise clairsemée de nuages blancs et teintée aux couleurs du soleil couchant.
La femme interpellée par cette révélation, déploya ses perceptions pour accéder à d'autres délices dissimulés.
L'être de lumière lançait des sonorités limpides rappelant que la vie a cette légèreté impalpable qui ne peut être saisie que si on se donne l'audace de l'imaginer en l'écoutant. Le pantin exécuta quelques magiques pirouettes et s'évapora, profitant du passage d'un cyrus ouateux.
Le ciel semblait soudainement vide, horriblement annihilé de tout. Les bruit venant d'en bas rappelèrent l'existence cadencée de la vie rythmant les maisons anonymes. Pourtant le mystère gardait toute sa force.
Naturellement sans effort, un être étrange venu de nulle part, signala sa présence par des parfums à ce point délicat, que nul odorat ne pouvait définir ces essences suspendues dans l'éther. Il n'avait pas de corps, il n'avait pas de forme : il était le parfum, il ne manifestait que cela. Et fermant les yeux sur cette béatitude, la femme découvrit l'aspect caché d'une réalité fragile et étrangère à la raison. Ce manifesté ne pouvant être capté que par le sens créé pour le recevoir, elle admit qu'il était inutile de vouloir l'appréhender par le toucher. Mais déjà cet être évanescent disparut, emportant avec lui son secret parfumé.
L'obscurité avait entretemps déroulé son univers sur la ville prête à se dissoudre dans les mouvements lents de la nuit apaisante.
En cet espace voilé, silencieux et dénué de senteurs, un elfe prit la suite de l'étonnant cortège. Ce génie portait dans ses doigts fragiles un énorme présent qu'il tendit à la femme dont les sens s'épanouissaitent jusqu'aux frontières inexplorées. Et ses papilles furent ravies par la saveur de ces mets exquis. Pourtant l'être mythique s'évanouit, laissant derrière lui, une nuit noire sans lune.
Que restait-il aux sens ravivés par ces quatre messagers ? et comment accepter qu'il en manqua un, dans cette suite de manifestés ?
Debout dans l'air tiède, les yeux regardant l'éternité, la femme se para de la beauté des couleurs de l'arc-en-ciel, prit la force des saveurs et des parfums et s'imprégna de la sagesse des sonorités harmonieuses. L'intuition de la femme pressentait déjà le cinquième messager.
Et ainsi, en ce firmament aéré, le zéphyr animé enlaça la femme de son souffle caressant pour lui révéler, en abondance, l'ultime émotion.
Soudain, elle se reveilla et se rendit compte qu'elle était nue et qu'un homme ivre ronflait à ses cotés. Un képi de flic trainait sur le sol. Alors la honte apparut.
O. de Bruxelles, 5985

© Léo Taxil & cie,
