Le Regius
Le plus ancien texte de la Maçonnerie opérative anglaise, poème écrit vers 1390
( traduction du texte publié en 1840 par Halliwel)
Ici commencent les statuts de l'art
De Géométrie selon Euclide.
Celui qui voudra lire et chercher
Pourra trouver écrite
dans un vieux livre
L'histoire de grands seigneurs et grandes
dames,
Qui, certes, avaient beaucoup d'enfants;
Mais n'avaient pas de
revenus pour en prendre soin,
Ni en ville, ni à la campagne ou dans les
bois;
Ils tinrent ensemble conseil pour eux,
Et décidèrent pour leur bien,
Comment ils pourraient
mieux mener leur vie
Sans inconfort, ni souci ni lutte;
Et
encore pour la multitude qui viendra
Ils envoyèrent chercher de grands clercs,
Pour
leur enseigner alors de bons métiers;
Et nous les prions, pour l'amour de notre Seigneur,
Pour nos
enfants de trouver un travail,
Pour qu'ils puisent ainsi gagner leur
vie,
Tant bien qu'honnêtement en toute sécurité.
En ce temps-là, par
la bonne géométrie,
Cet honnête métier qu'est la bonne
maçonnerie
Fut constitué et crée ainsi,
Conçu par ces clercs
;
Sur la prière de ces seigneurs ils inventèrent la
géométrie,
Et lui donnèrent le nom de maçonnerie,
A ce plus honnête de
tous les métiers.
Les enfants de ces seigneurs s'appliquèrent,
A
apprendre de lui le métier de géométrie,
Ce qu'il fit très
soigneusement;
A la prière des pères et des mères aussi,
Il les mit à cet
honnête métier.
Celui qui apprenait le mieux, et était honnête,
Et
surpassait ses compagnons en attention,
Si dans ce métier il les
dépassait,
Il devait être plus honoré que le dernier,
Le nom de ce
grand clerc était Euclide,
Son nom se répandait fort loin.
Pourtant
ce grand clerc ordonna
A celui qui était plus élevé dans ce
degré,
Qu'il devait enseigner les plus simples d'esprit
Pour être
parfait en cet honnête métier;
Et ainsi ils doivent s'instruire l'un
l'autre,
Et s'aimer ensemble comme soeur et frère.
Il ordonna encore que,
Maître doit il être appelé;
Afin
qu'il soit le plus honoré,
Alors il devait être nommé ainsi;
Mais
jamais maçons ne doivent appeler un autre,
Au sein du métier parmi eux tous,
Ni sujet ni serviteur, mon
cher frère,
Même s'il est moins parfait qu'un autre;
Chacun
appellera les autres compagnons par amitié,
Car ils sont nés de nobles
dames.
De cette manière, par la bonne science de géométrie,
Commença
le métier de la maçonnerie;
Le clerc Euclide le fonda
ainsi,
Ce métier de géométrie au pays d'Egypte.
En Egypte il
l'enseigna tout autour,
Dans diverses pays de tous côtés;
Pendant de
nombreuses années, je croix,
Avant que ce métier arrive dans ce
pays.
Ce métier arriva en Angleterre, comme je vous dis,
Au temps du
bon Roi Athelstane,
Il fit construire alors tant manoir que même
bosquet,
Et de hauts temples de grand renom,
Pour s'y divertir le
jour comme la nuit,
Ce bon seigneur aimait beaucoup ce métier,
Et
voulut le consolider de toutes ses parties,
A cause de divers défauts
qu'il trouva dans le métier;
Il envoya à travers le pays
Dire à tous les maçons du
métier,
De venir vers lui sans délai,
Pour amender ces défauts
tous
Par bon conseil, autant que possible.
Une assemblée alors il
réunit
De divers seigneurs en leur rang,
Des ducs, comtes, et barons
aussi,
Des chevaliers, écuyers et maintes autres,
Et les grands
bourgeois de cette cité,
Ils étaient tous là chacun à son rang;
Ils
étaient là tous ensemble,
Pour établir le statut de ces maçons,
Ils
y cherchaient de tout leur esprit,
Comment ils pourraient le
gouverner;
Quinze articles ils voulaient écrire,
Et quinze points ils y ont
crées,
Article 1.
Le premier article de cette géométrie;-
Le maître maçon doit
être digne de confiance
A la fois constant, loyal et vrai,
Il ne
l'aura alors jamais à regretter;
Tu dois payer tes compagnons selon le
cours,
Des victuailles, tu le sais bien;
Et paie les justement, et
de bonne foi,
Ce qu'ils peuvent mériter;
Et évites soit par amour
soit par crainte,
D'aucune des parties d'accepter des avantages;
Du
seigneur ni du compagnon, qui que ce soit,
D'eux tu ne prends aucune
sorte de paiement;
Et en juge tiens toi intègre,
Et alors aux deux
tu rendra leur bon droit;
Et véritablement fais ceci où que tu
ailles,
Ton honneur, ton profit, sera le meilleur.
Article 2.
Le second article de bonne maçonnerie,
Comme vous devez ici
l'entendre particulièrement,
Que tout maître, qui est maçon,
Doit
assister au rassemblement général,
Pour que précisément il lui soit dit
Le lieu où l'assemblée se tiendra.
Et à cette assemblée il doit se rendre,
Sauf s'il a une excuse
raisonnable,
Ou qu'il soit désobéissant à ce métier
Ou s'abandonne
au mensonge,
Ou qu'il soit atteint d'une maladie si grave,
Qu'il ne
puisse venir parmi eux;
Cela est une excuse bonne et valable,
Pour
cette assemblée, si elle est sincère.
Article 3.
Le troisième article est en vérité,
Que le maître ne prenne
aucun Apprenti,
Sauf s'il peut lui assurer de le loger
sept ans chez
lui, comme je vous dis,
Pour apprendre son métier, qui soit
profitable;
En moins de temps il ne sera pas apte
Au profit du
seigneur, ni le sien
Comme vous pouvez le comprendre par bonne
raison.
Article 4.
Le quatrième article ceci doit être,
Que le maître doit bien
veiller,
A ne pas prendre un serf comme Apprenti,
Ni l'embaucher
pour son propre profit,
Car le seigneur auquel il est lié,
Peut
chercher le 'Apprentis où qu'il aille.
Si dans la loge il était
pris,
Cela pourrait y faire beaucoup de désordre,
Et un pareil cas
pourrait arriver,
Que cela pourrait chagriner certains, ou
tous.
Car tous les maçons qui y seront
Se ensemble se tiendront
réunis.
Si un tel dans le métier demeurait,
De diverses désordres
vous pourrez parler:
Alors pour plus de paix, et honnêteté,
Prenez
un Apprenti de meilleure condition.
Dans d'ancien écriture je
trouve,
Que l' Apprenti doit être de naissance noble;
Et ainsi
parfois, des fils de grands seigneurs
Ont adopté cette géométrie qui
est très bonne.
Article 5.
Le cinquième article est très bon,
Que l' Apprenti soit de
naissance légitime;
Le maître ne doit, sous aucun prétexte,
Prendre
un Apprenti qui soit difforme;
Cela signifie, comme vous le
verrez
Qu'il ait tous ses membres entiers ensemble;
Pour le métier
cela serait grande honte,
De former un homme estropié ou un
boiteux,
Car un homme imparfait de telle naissance
Ne serait que peu
utile au métier.
Ainsi chacun de vous peut comprendre,
Le métier
veut un homme puissant;
Un homme mutilé n'a pas de force,
Vous devez
le savoir depuis longtemps.
Article 6.
Le sixième article vous ne devez pas manquer
Que le maître ne
doit pas porter préjudice au seigneur,
En prenant au seigneur pour son
Apprenti,
Autant que reçoivent ses compagnons, en tout,
Car dans ce
métier ils se sont perfectionnés,
Ce que lui n'est pas, vous devez le
comprendre.
Ainsi il serait contraire à bonne raison,
De prendre
pour lui égal salaire à celui des compagnons.
Ce même article dans ce
cas,
Ordonne que son Apprenti gagne moins
Que ses compagnons, qui
sont parfaits.
Sur divers points, sachez en revanche,
Que le maître
peut instruire son Apprenti tel,
Que son salaire puisse augmenter
rapidement,
Et avant que son apprentissage soit terminé,
Son salaire
pourrait s'améliorer de beaucoup.
Article 7.
Le septième article que maintenant voici,
Vous dira pleinement
à tous ensemble,
Qu'aucun maître ni par faveur ni par crainte,
Ne
doit vêtir ni nourrir aucun voleur.
Des voleurs il n'en hébergera
jamais aucun,
Ni celui qui a tué un homme,
Ni celui qui a mauvaise
réputation,
De crainte que cela fasse honte au métier.
Article 8.
Le huitième article vous montre ainsi,
Ce que le maître a bien
le droit de faire.
S'il emploie un homme du métier,
Et qu'il ne soit
pas aussi parfait qu'il devrait,
Il peut le remplacer sans délai,
Et
prendre à sa place un homme plus parfait.
Un tel homme, par
imprudence,
Pourrait faire déshonneur au métier.
Article 9.
Le neuvième article montre fort bien,
Que le maître doit être
sage et fort;
Qu'il n'entreprenne aucun ouvrage,
Qu'il ne puisse
achever et réaliser;
Et que ce soit aussi au profit des
seigneurs,
Ainsi qu'à son métier, où qu'il aille,
Et que les
fondations soient bien construites,
Pour qu'il y ait ni fêlure ni
brèche.
Article 10.
Le dixième article sert à savoir,
Parmi tous dans le métier,
grands ou modestes,
Qu'aucun maître ne doit supplanter un
autre,
Mais être ensemble comme des frères,
Dans ce singulier
métier, tous quels qu'ils soient,
Qui travaillent sous un maître
maçon.
Ni doit il supplanter aucun homme,
Qui s'est chargé d'un
travail,
La peine pour cela est tellement forte,
Qu'elle ne pèse pas
moins de dix livres,
A moins qu'il soit prouvé coupable,
Celui qui
avait d'abord pris le travail en main;
Car nul homme en
maçonnerie
Ne doit supplanter un autre impunément,
Sauf s'il a
construit de telle façon,
Que cela réduit l'ouvrage à néant;
Alors
un maçon peut solliciter ce travail,
Pour le sauver au profit des
seigneurs
Dans un tel cas, si cela arrivait,
Aucun maçon ne s'y
opposera.
En vérité celui qui a commencé les fondations,
S'il est un
maçon habile et solide,
A fermement dans l'esprit,
De mener l'
oeuvre à entière bonne fin.
Article 11.
L'onzième article je te le dis,
est à la fois juste et
franc;
Car il enseigne, avec force,
Qu'aucun maçon ne doit
travailler de nuit,
A moins de s'exercer à l'étude,
Par laquelle il
pourra s'améliorer
Article 12.
Le douzième article est de grande honnêteté
Pour tout maçon, où
qu'il se trouve,
Il ne doit pas déprécier le travail de ses
compagnons,
S'il veut sauvegarder son honneur;
Avec des paroles
honnêtes il l'approuvera,
Grâce à l'esprit que Dieux t'a donné;
Mais
en l'améliorant de tout ton pouvoir,
Entre vous deux sans
hésitation.
Article 13.
Le treizième article, que Dieu me garde,
C'est, que si le
maître a un Apprenti,
Il l'enseignera de manière complète,
Et qu'il
puisse apprendre autant de points,
Pour qu'il connaisse bien le
métier,
Où qu'il aille sous le soleil.
Article 14.
Le quatorzième article par bonne raison,
Montre au maître
comment agir;
Il ne doit prendre Apprenti,
A moins d'avoir diverses
tâches à faire,
Pour qu'il puisse pendant son stage,
Apprendre de
lui diverses points.
Article 15.
Le quinzième article est le dernier,
Car pour le maître il est
un ami;
Pour lui enseigner qu'envers aucun homme,
Il ne doit adopter
un comportement faux,
Ni suivre ses compagnons dans leur
erreur,
Quelque bien qu'il puisse y gagner;
Ni souffrir qu'ils
fassent de faux serments,
Par souci de leurs âmes,
Sous peine
d'attirer sur le métier la honte,
Et sur lui-même un blâme
sévère.
Divers statuts.
Dans cette assemblée des points furent adoptés en plus,
Par de
grands seigneurs et maîtres aussi.
Le premier point veut que celui qui voudrait connaître ce
métier
et l'embrasser,
Doit bien aimer Dieu et la sainte église
toujours,
Et son maître aussi avec qui il est,
Où qu'il aille par
champs ou par bois,
Et aimes aussi tes compagnons,
Car c'est ce que
ton métier veut que tu fasses.
Second point.
Le second point ,
Que le maçon travaille le jour
ouvrables,
Aussi consciencieusement qu'il le pourra,
Afin de mériter
son salaire pour le jour de repos,
Car celui qui a vraiment fait son
travail,
Méritera bien d'avoir sa récompense.
Troisième point.
Le troisième point doit être sévère,
Avec l'apprentis, sachez le
bien,
Le conseil de son maître il doit garder et cacher,
Et de ses
compagnons de bon gré;
Des secrets de la chambre il ne parlera a nul
homme,
Ni de la loge quoi qu'ils y fassent;
Quoi que tu entendes ou
les vois faire,
Ne le dis à personne où que tu ailles;
Les propos
dans la salle, et même au bosquet,
Gardes les bien pour ton grand
honneur,
Sans quoi cela tournera pour toi au blâme,
Et apportera au
métier grande honte.
Quatrième point.
Le quatrième point nous enseigne aussi,
Que nul homme à son métier
sera infidèle;
Aucune erreur il n'entretiendra
Contre le métier,
mais y renoncera;
Ni aucun préjudice il causera
A son maître, ni a
son compagnon;
Et bien que l' Apprenti soit tenu au respect,
Il est
toutefois soumis à la même loi.
Cinquième point.
Le cinquième point est sans nul doute,
Que lorsque le maçon prendra
sa paie
Du maître, qui lui est attribué,
Humblement acceptée elle
doit être;
Cependant il est juste que le maître,
L'avertisse dans
les formes avant midi,
S'il n'a plus l'intention de
l'employer,
Comme il le faisait auparavant;
Contre cet ordre il ne
peut se débattre,
S'il réfléchit bien c'est dans son
intérêt
Sixième point.
Le sixième point doit être bien connu,
De tous grands et
modestes,
Car un tel cas pourrait arriver;
Qu'entre quelques maçons,
sinon tous,
Par envie ou haine mortelle,
S'éclate une grande
dispute.
Alors le maçon doit, s'il le peut,
Convoquer les deux
parties un jour fixé;
Mais ce jour-là ils ne feront pas la
paix,
Avant que la journée de travail soit bien finie,
Un jour de
congé vous devez bien pouvoir trouver,
Assez de loisir pour placer la
réconciliation,
De peur qu'en la plaçant un jour ouvré
La dispute ne
les empêche de travailler;
Faites en sorte qu'ils en finissent.
De
manière à ce qu'ils demeurent bien dans la loi de Dieu.
Septième point.
Le septième point pourrait bien dire,
Comment bien longue vie Dieu
nous donne,
Ainsi il le reconnaît bien clairement,
Tu ne coucheras
pas avec la femme de ton maître,
Ni de ton compagnon, en aucune
manière,
Sous peine d'encourir le mépris du métier;
Ni avec la
concubine de ton compagnon,
Pas plus que tu ne voudrais qu'il couche
avec la tienne.
La peine pour cela qu'on le sache bien,
Est qu'il
reste Apprenti sept années pleines,
Celui qui manque à une de ces
prescriptions
Alors il doit être châtié;
Car un grand souci pourrait
naître,
D'un aussi odieux péché mortel.
Huitième point.
Le huitième point est, assurément,
Si tu as reçu quelque
charge,
A ton maître reste fidèlement soumis,
Car ce point jamais tu
ne le regretteras;
Un fidèle médiateur tu dois être,
Entre ton
maître et tes compagnons libres;
Fais loyalement tout ce que tu
peux,
Envers les deux parties, et cela est bonne
justice.
Neuvième point.
Le neuvième point s'adresse à celui,
Qui est l'intendant de notre
salle,
Si vous vous trouvez en chambre ensemble,
Servez vous l'un
l'autre avec calme gaieté;
Gentils compagnons, vous devez le
savoir,
Vous devez être intendant chacun à votre tour,
Semaine après
semaine sans aucun doute,
Tous doivent être intendant à leur
tour,
Pour servir les uns et les autres aimablement,
Comme s'ils
étaient s ur et frère;
Nul ne se permettra aux frais d'un autre
De
se libérer pour son avantage,
Mais chaque homme aura la même
liberté
Dans cette charge, comme il se doit;
Veille à bien payer
tout homme toujours,
A qui tu as acheté des victuailles,
Afin qu'on
ne te fasse aucune réclamation,
Ni à tes compagnons à aucun titre,
A
tout homme ou femme, qui que ce soit,
Paies les bien et honnêtement,
nous le voulons;
A ton compagnon tu en rendras compte exacte,
De ce
bon paiement que tu as fait,
De peur de le mettre dans
l'embarras,
Et de l'exposer à un grand blâme.
Toutefois bon comptes
il doit tenir
De tous les biens qu'il aura acquis,
Des dépenses que
tu auras fait sur le bien de tes compagnons,
Du lieu, des circonstances
et de l'usage;
De tels comptes tu dois rendre,
Lorsque tes
compagnons te les demandent.
Dixième point.
Le dixième point montre la bien bonne vie,
Comment vivre sans souci
ni dispute;
Si le maçon mène une vie mauvaise,
Et dans son travail
il est malhonnête,
Et se cherche une mauvaise excuse
Il pourra
diffamer ses compagnons injustement,
Par de telles calomnies
infâmes
Attirer le blâme sur le métier.
S'il déshonore ainsi le
métier,
Vous ne devez alors lui faire aucune faveur,
Ni le maintenir
dans sa mauvaise vie,
De peur que cela ne tourne en tracas et
conflit;
Mais ne lui laissez aucun sursis,
Jusqu'à ce que vous
l'ayez constraint,
A comparaître où bon vous semble,
Où vous
voudrez, de gré ou de force,
A la prochaine assemblée vous le
convoquerez,
A comparaître devant tout ses compagnons,
Et s'il
refuse de paraître devant eux,
Il lui faudrait renoncer au
métier;
Il sera alors puni selon la loi
Qui fut établie dans les
temps anciens.
Onzième point.
Le onzième point est de bonne discrétion,
Comme vous pouvez le
comprendre par bonne raison;
Un maçon qui connaît bien son
métier,
Qui voit son compagnon tailler une pierre,
Et qu'il est sur
le point d'abîmer cette pierre,
Reprends-la aussitôt si tu le
peux,
Et montre-lui comment la corriger,
Pour que l' oeuvre du
seigneur ne soit pas abîmé,
Et montre-lui avec douceur comment la
corriger,
Avec de bonnes paroles, que Dieu te prête;
Pour l'amour de
celui que siège là-haut,
Avec de douces paroles nourris son
amitié.
Douzième point.
Le douzième point est d'une grande autorité,
Là où l'assemblée se
teindra,
Il y aura des maîtres et des compagnons aussi,
Et d'autres
grands seigneurs en grand nombre;
Il y aura le shérif de cette
contrée,
Et aussi le maire de cette cité,
Il y aura des chevaliers
et des écuyers,
Et aussi des échevins, comme vous le verrez;
Toutes
les ordonnances qu'ils prendrons là,
Ils s'accorderont pour les faire
respecter,
Contre tout homme, quel qu'il soit,
Qui appartient au
métier beau et libre.
S'il fait quelque querelle contre eux,
Il sera
arrêté et tenu sous garde.
Treizième point.
Le treizième point requiert toute notre volonté,
Il jurera de ne
jamais voler,
Ni d'aider celui dans cette mauvaise profession,
Pour
aucune part de son butin,
Et tu dois le savoir ou alors pécher,
Ni
pour son bien, ni pour sa famille.
Quatorzième point.
Le quatorzième point est excellente loi
Pour celui qui sera sous la
crainte;
Un bon et vrai serment il doit prêter là,
A son maître et
ses compagnons qui sont là;
Il doit être constant et fidèle aussi
A
toutes ces ordonnances, où qu'il aille,
Et a son seigneur lige le
roi,
De lui être fidèle par-dessus tout.
Et tous ces points
ci-dessus
A eux tu dois être assermenté,
Et tous prêteront le même
serment
Des maçons, de gré ou de force.
A tous ces points
ci-dessus,
Ainsi que l'a établie une excellente tradition.
Et ils
enquêteront sur chaque homme
S'il les met en pratique de son
mieux,
Si un homme est reconnu coupable
Sur l'un de ces points en
particulier;
Qu'on le recherche, quel qu'il soit,
Et qu'il soit
amené devant l'assemblée.
Quinzième point.
Le quinzième point est excellente tradition,
Pour ceux qui
auront là prêté serment,
Cette ordonnance qui fut arrêtée par
l'assemblée
De grands seigneurs et maîtres dont on a parlé;
Pour
ceux qui soient désobéissants, je sais,
A la présente
constitution,
De ces articles qui y furent édictés,
Par de grands
seigneurs et maçons ensemble,
Et si leurs fautes sont mises au
jour
Devant cette assemblée, tantôt,
Et s'ils ne veulent pas s'en
corriger,
Alors ils doivent abandonner le métier;
Et jurer de ne
plus jamais l'exercer.
Sauf s'ils acceptent de s'amender,
Ils
n'auront plus jamais part au métier;
Et s'ils refusaient de faire
ainsi,
Le shérif se saisira d'eux sans délai,
Et les mettra dans un
profond cachot,
A cause de leur transgression,
Il confisquera leurs
biens et leur bétail
Au profit du roi, en totalité,
Et les y
laissera aussi longtemps,
Qu'il plaira à notre lige le
roi.
L'art des quatre couronnés.
Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère Marie
radieuse,
Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points
tous ensembles,
Comme le firent ces quatre saints martyres,
Qui dans
ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient aussi bons maçons
qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient
aussi,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en
grande estime;
Il désira qu'ils fassent une statue
Qu'on vénérera en
son honneur;
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour
détourner le peuple de la loi du Christ.
Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur
métier sans compromis;
Ils aimaient bien Dieu et tout son
enseignement,
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce
temps là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement dans
la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas de fabriquer des
idoles,
Quelque bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre
cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré sa
colère;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire à
sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter sans délai,
Et les mit
dans un profond cachot;
Plus cruellement il les y punissait,
Plus
ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,
Alors quand il vit qu'il ne
pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui
voudra, trouvera dans le livre
De la légende des saints,
Les noms
des quatre couronnés.
Leur fête est bien connue, Le huitième jour après
la Toussaint.
Ecoutez ce que j'ai lu,
Que beaucoup d'années après, à grand
effroi
Le déluge de Noë eut déferlé,
La tour de Babel fut
commencée,
Le plus gros ouvrage de chaux et de pierre,
Que jamais
homme ait pu voir;
Si long et si large on l'entreprit,
Que sa
hauteur jeta sept miles d'ombre,
Le Roi Nabuchodonosor le fit
construire
Aussi puissant pour la défense des hommes,
Que si un tel
déluge surviendrait,
Il ne pourrait submerger l'ouvrage;
Parce
qu'ils avaient un orgueil si fier, avec grande vantardise
Tout ce
travail fut ainsi perdu;
Un ange les frappa en diversifiant leurs
langues,
Si bien qu'ils ne se comprenaient plus jamais
l'un
l'autre.
Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le
métier de géométrie partout autour,
Et il fit en ce temps-là
aussi,
Divers métiers en grand nombre.
Par la haute grâce du Christ
au ciel,
Il fonda les sept sciences;
Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde,
je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la
quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma
barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la
septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,
En vérité, la grammaire est la racine,
Chacun l'apprend par le
livre;
Mais l'art dépasse ce niveau,
Comme le fruit de l'arbre vaut
plus que la racine;
La Rhétorique mesure un langage soigné,
Et la
Musique est un chant suave;
L'Astronomie dénombre, mon cher
frère,
L'Arithmétique montre qu'une chose est égale à une autre,
La
Géométrie est la septième science,
Qui distingue le vrai du faux, je
sais
Que ce sont les sept sciences,
Celui qui s'en sert bien peut
gagner le ciel.
Maintenant mes chers enfants, ayez bon esprit
Pour laisser de
côté orgueil et convoitise,
Et appliquez vous à bien juger,
Et à
bien vous conduire, où que vous allez.
Maintenant je vous prie d'être bien attentifs,
Car ceci vous
devez savoir,
Mais vous devez en savoir bien plus encore,
Que ce que
vous trouvez écrit ici.
Si l'intelligence te fait défaut pour
cela,
Prie Dieu de te l'envoyer;
Car le Christ lui-même nous
l'enseigne
Que la sainte église est la maison de Dieu,
Elle n'est
faite pour rien d'autre
Que pour y prier, comme nous le dit
l'Ecriture,
Là le peuple doit se rassembler,
Pour prier et pour
pleurer leurs péchés.
Veille à ne pas arriver à l'église en retard,
Pour avoir tenu
des propos paillards à la porte;
Alors quand tu es en route vers
l'église,
Aie bien en tête à tout instant
De vénérer ton seigneur
Dieu jour et nuit,
De tout ton esprit et de toute ta force.
En
arrivant à la porte de l'église
Tu prendras un peu de cette eau
bénite,
Car chaque goutte que tu toucheras,
Effacera un péché
véniel, sois-en sûr.
Mais d'abord tu dois ôter ton capuchon,
Pour l'amour de celui
qui est mort sur la croix.
Quand tu entreras dans l'église,
Elève
ton coeur vers le Christ, aussitôt;
Lève alors les yeux vers la
crois,
Et agenouille toi bien à deux genoux,
Puis prie-le alors de
t'aider à oeuvrer,
Selon la loi de la sainte église,
A garder les
dix commandements,
Que Dieu donna à tous les hommes;
Et prie-le d'une voix douce
De te garder des sept
péchés,
Afin que tu puisse ici, dans cette vie,
Te garder loin des
soucis et des querelles;
Et que de plus il t'accorde la grâce,
Pour
trouver une place dans la béatitude du ciel.
Dans la sainte église abandonne les paroles frivoles
De langage
lascive et plaisanteries obscènes,
Et mets de côté toute vanité,
Et
dis ton pater noster et ton ave;
Veille aussi à ne pas faire de
bruit,
Mais sois toujours dans tes prières;
Si tu ne veux pas prier
toi-même,
Ne gêne aucun autre en aucune manière.
En ce lieu ne te
tiens ni assis ni debout,
Mais agenouille toi bien sur le sol,
Et
quand je lirai l'Evangile,
Lève toi bien droit sans t'appuyer au
mur,
Et signe-toi si tu sais le faire,
Quand on étonne le gloria
tibi;
Et quand l'évangile est fini,
A nouveau tu peux
t'agenouiller,
Sur tes deux genoux tu tomberas,
Pour l'amour de
celui qui nous a tous rachetés;
Et quand tu entends sonner la cloche
Qui annonce le saint
sacrement,
Vous devez vous agenouiller tous jeunes et vieux,
Et
lever vos deux mains au ciel,
Pour dire alors dans cette attitude,
A
voix basse et sans faire de bruit;
"Seigneur Jésus sois le
bienvenu,
En forme de pain comme je te vois,
Désormais Jésus par ton
saint nom,
Protège-moi du péché et de la honte;
Accorde-moi
l'absolution et la communion,
Avant que je m'en aille d'ici,
Et
sincère repentir de mes péchés,
Afin, Seigneur, que je ne meure jamais
dans cet état;
Et toi qui est né d'une vierge,
Ne souffre pas que je
sois jamais perdu;
Mais quand je m'en irai de ce monde,
Accorde-moi
la béatitude sans fin;
Amen! Amen! Ainsi soit-il!
A présent douce
dame priez pour moi."
Voici ce que tu dois dire, ou une chose semblable,
Quand tu
t'agenouille devant le sacrement.
Si tu cherches ton bien, n'épargne
rien
Pour vénérer celui qui a tout crée;
Car c'est pour un homme un
jour de joie,
Qui une fois ce jour-là a pu le voir;
C'est une chose
si précieuse, en vérité,
Que nul ne peut en dire le prix;
Mais
cette vision fait tant de bien,
Comme Saint Augustin le dit très justement,
Ce jour où tu vois
le corps de Dieu,
Tu possédera ces choses en toute sécurité:-
A
manger et à boire à suffisance,
Rien ce jour-là ne te manquera;
Les
jurons et vaines paroles,
Dieu te les pardonnera aussi;
La mort
subite ce même jour
Tu n'as nullement à la craindre;
Et aussi ce
jour-là, je te le promets,
Tu ne perdras pas la vue;
Et chaque pas que tu fais alors,
Pour voir cette sainte
vision,
Sera compté en ta faveur,
Quand tu en auras grand
besoin;
Ce messager qu'est l'ange Gabriel,
Les conservera
exactement.
Après cela je peux passer maintenant,
A parler à
d'autres bienfaits de la messe;
Viens donc à l'église, si tu
peux,
Et entends la messe chaque jour;
Si tu ne peux pas venir à l'église,
Où que tu
travailles,
Quand tu entends sonner la messe,
Prie Dieu dans le
silence de ton coeur,
De te donner part à ce service,
Que l'on
célèbre dans l'église,
Je vous enseignerai de plus,
Et à vos compagnons, apprenez
ceci,
Quand tu te présenteras devant un seigneur,
Dans un manoir, un
bosquet, ou à table,
Capuchon ou bonnet tu dois ôter,
Avant d'être
près de lui;
Deux ou trois fois, sans nul doute,
Devant ce seigneur
tu dois t'incliner;
Tu fléchiras le genou droit,
Tu auras ainsi
l'honneur sauf.
Ne remets pas ton bonnet ou capuchon,
Jusqu'à ce que tu en
auras la permission.
Tout le temps que tu parleras avec lui,
Tiens
le menton haut avec franchise et amabilité;
Ainsi, comme le livre te
l'enseigne,
Regardes-le en face avec amabilité.
Tes pieds et mains
tiens les tranquilles,
Sans te gratter ni trébucher, sois
habile;
Evite aussi de cracher et de te moucher,
Attends pour cela
d'être seul,
Et si tu veux être sage et discret,
Tu as grand besoin
de bien te contrôler.
Lorsque tu entres dans la salle,
Parmi les gens bien nés, bons
et courtois,
Ne présume pas trop de grandeur pour rien,
Ni de ta
naissance, ni de ton savoir,
Ne t'assied pas et ne t'appuie
pas,
C'est le signe d'une éducation bonne et propre.
Ne te laisse
donc pas aller dans ta conduite,
En vérité la bonne éducation sauvera
ta situation.
Père et mère, quels qu'ils soient,
Digne est l'enfant
qui agit dignement,
En salle, en chambre, où que tu ailles;
Les
bonnes manières font l'homme.
Fait attention au rang de ton prochain,
Pour leur rendre la
révérence qui convient;
Evite de les saluer tous à la fois,
Sauf si
tu les connais.
Quand tu es assis à table,
Mange avec grâce et
bienséance;
Veille d'abord que tes mains soient propres,
Et que ton
couteau soit tranchant et bien aiguisé,
Et ne coupe ton pain pour la
viande,
Qu'autant que tu en mangeras,
Si tu es assis a côté d'un
homme de rang supérieur, Au tien.
Laisse le se servir d'abord de la viande,
Avant d'y toucher
toi-même.
Ne pique pas le meilleur morceau,
Même s'il te fait grande
envie;
Garde tes mains nettes et propres,
Pour ne pas souiller ta
serviette;
Ne t'en sers pas pour te moucher,
Et ne te cure pas les
dents à table;
Ne plonge pas trop tes lèvres dans la coupe,
Même si
tu as grande envie de boire,
Cela te ferait larmoyer.
Ce qui serait
alors discourtois.
Veille à ne pas avoir la bouche pleine,
Quand tu te mets à
boire ou à parler.
Si tu vois un homme qui boit,
Tout en écoutant
tes propos,
Interromps aussitôt ton histoire,
Qu'il boive du vin ou
de la bière,
Veille aussi à n'offenser aucun homme,
Si bien parti
que tu le voies;
Et ne médis de personne,
Si tu veux sauver ton
honneur;
Car de tels mots pourraient t'échapper,
Qui te mettraient
dans une situation gênante.
Retiens ta main dans ton poing,
Pour ne pas avoir à dire "si
j'avais su",
Dans un salon parmi de belles dames,
Tiens ta langue et
sois tout yeux;
Ne ris pas aux grands éclats,
Ne chahute pas comme
un ribaud.
Ne badine qu'avec tes pairs,
Et ne répète pas tous ce que
tu entends;
Ne proclame pas tes propres actions;
Par plaisanterie ou
par intérêt;
Par de beaux discours tu peux réaliser tes désirs,
Mais
tu peux par là aussi te perdre.
Quand tu rencontres un homme de valeur,
Tu ne dois pas garder
bonnet et capuchon;
A l'église, au marché, ou au portail,
Salue le
selon son rang.
Si tu marches avec un homme d'un rang
Supérieur au
tien,
Reste en retrait de lui d'une épaule,
Car cela est bonne
éducation sans défaut;
Lorsqu'il parle, tiens-toi tranquille,
Quand il a fini, dis ce
que tu veux,
Dans tes paroles sois discret,
Et à ce que tu dis fais
bien attention;
Mais n'interrompe pas son histoire,
Qu'il en soit au
vin ou à la bière.
Que le Christ alors par sa grâce céleste,
Vous
donne et l'esprit et le temps,
Pour bien comprendre et lire ce
livre,
Afin d'obtenir le ciel en récompense.
Amen! Amen! Ainsi soit-il!
Disons nous tous par charité.

© Léo Taxil & Cie, 04/27/2002